Sécurité alimentaire au Nord : plus de 200 producteurs à l’école des bonnes pratiques agricoles
Publiée le 22 octobre 2021

De nombreux producteurs traversent des moments de dures épreuves en raison de la difficile campagne agricole rythmée de poches de sécheresses dans certaines provinces de la région du Nord. Cultiver pour ne rien récolter ou produire pour ne moissonner que des miettes, c’est le triste constat qui se dégage au cours des visites de champs à Oula, Lèba et Bassi dans les provinces du Zondoma et du Yatenga. Parmi ces champs présentant une physionomie morose et augurant de mauvaises récoltes, s’illustrent quelques parcelles qui forcent l’admiration. Saaba Ouédraogo, Adama Sawadogo, Lassané Savadogo entre autres, sont de ceux qui pourront récolter cette année malgré la pluviométrique capricieuse. Ils ont partagé aux autres producteurs le secret de leur réussite les 19, 20 et 21 octobre 2021 au cours de visites commentées organisées par Help, en collaboration avec ses partenaires locaux.

« J’ai la soixantaine révolue. Mais depuis ma naissance jusqu’à ce jour, je n’ai vu une aussi mauvaise saison à l’image de celle de cette année que trois fois », explique Abdoulaye Ouédraogo de Bousma d’un air désespéré. Harouna Sawadogo, un autre producteur du village de Yipala raconte : « cette année, si tu rencontres un champ qui se présente assez bien, pose la question de savoir à qui appartient-il. On te dira que c’est pour des producteurs qui ont adopté les bonnes pratiques agricoles et qui ont accepté utiliser les semences améliorées car on n’a pas eu assez de pluies. Ceux qui ont eu peur d’essayer sont sortis bredouilles à cette campagne », regrette-t-il avant d’insister : « très honnêtement, de nos concessions jusqu’ici, nous n’avons pas vu mieux que ce champ. »

Les visites commentées ont été de véritables écoles à ciel ouvert pour plus de 200 producteurs des trois (3) communes que sont : Oula, Lèba, Bassi. De riches partages d’expériences réussies ont rythmé les échanges autour des champs des producteurs modèles.

L’élu de la visite commentée de Bassi, du nom de Adama Sawadogo, nous explique le chemin parcouru pour parvenir à de tels résultats. « Help m’a appuyé avec du matériel de travail, 3 voyages de moellons et du Cash de 30 000 F CFA pour soutenir les travaux d’aménagement de ma parcelle. J’ai également reçu 4 sacs de ciment pour réaliser une fosse fumière stabilisée et produire de la fumure organique, 10 kg de semence de variétés améliorées de sorgho et de niébé », poursuit-il. « J’ai aussi bénéficié d’une formation en techniques de récupération des terres dégradées, de conservation des eaux et des sols et sur les itinéraires techniques de production. Une fois les connaissances acquises, nous avons fait usage des cordons pierreux, pratiqué le zaï, produit et utilisé la fumure organique dans nos parcelles, utilisé la semence améliorée et le résultat est bien visible. Voyez vous-mêmes », fait-il observer. « La différence est nette avec les autres parcelles voisines n’ayant pas bénéficié de cette technologie et de ces soins. »

En indexant un champ voisin, Saaba Ouédraogo, un producteur modèle à Oula, d’un air compatissant annonce froidement l’irréparable. « C’est triste ; mon voisin ne pourra pas récolter quelque chose cette année sur ce champ que vous voyez. Ce qui m’a d’ailleurs sauvé, c’est l’application des paquets technologiques  ».

Certes, la plupart des producteurs de référence se plaignent de la baisse des rendements agricoles en cette campagne mais reconnaissent avoir pu atténuer les effets grâce à l’adoption des technologies agricoles promues. Les productions attendues variaient entre 1 000 et 1 200 kg/ha mais les pertes liées à la sècheresse ont ramené les récoltes autour de 400 kg selon les villages.

Saaba Ouédraogo ne tarit donc pas de mots pour convaincre ses paires quant aux bienfaits de l’utilisation des paquets technologiques adaptés aux changements climatiques. « Si l’on se sert des cordons pierreux et du zaï, quand bien même il n’a pas assez plu, il y aura un peu d’humidité pour permettre aux cultures d’atteindre le stade de maturité. N’eut été l’utilisation de ces paquets technologiques, ce champ ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui car nous n’aurions rien à récolter du fait des caprices pluviométriques en milieu de saison ». A travers les diverses démonstrations, les ‘’messagers’’ des visites commentées semblent avoir convaincu les plus sceptiques avant la fin des échanges. A écouter Gomgomdé Jean Bernard Sawadogo, Saaba Ouédraogo est devenu pour lui et sa famille une référence en matière d’utilisation de bonnes pratiques agricoles à Oula. « Nous allons de temps à autre nous approcher de lui pour bénéficier de ses conseils », poursuit-il. « Désormais, nous n’allons plus traîner les pas avant de commencer à préparer nos champs. Nous avons pris la décision de préparer nos champs à temps suivant les pratiques agricoles adaptées, c’est-à-dire, juste après la période froide pour espérer mieux récolter », s’engage Abdoulaye Ouédraogo.

Le Projet « Solidarité agissante pour un vivre ensemble entre personnes déplacées internes et populations hôtes » de Help intervient dans les régions du Nord et du Centre-Nord depuis août 2020. Il œuvre entre autres au renforcement de la sécurité alimentaire et de la situation nutritionnelle des enfants de 0-59 mois, à l’amélioration de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement des populations et des conditions d’abritement des ménages déplacés. Le projet bénéficie de l’accompagnement financier du Ministère fédéral allemand des affaires étrangères.

 

 

Mot de la Directrice Pays de Help
La vision de Help est un monde où tous les hommes, femmes et enfants peuvent vivre de manière autonome dans la dignité, la paix et la sécurité. Le contexte du Burkina Faso est marqué par un indice de (...)